Quand j'étais à l'école primaire, j'étais donc beaucoup plus jeune que maintenant, l'un des sports pratiqués avec le plus de délectation était le mot d'excuse.

En effet, lorsque nous avions un retard ou une absence à justifier, voire expliquer la raison qui nous avait empêché de faire nos devoirs, nous sortions de notre cartable, de notre cahier de correspondance le mot d'excuse, signé de la main des parents. Mais certains ne devaient leur salut qu'à leur imagination débridée, sans que leur  autorité familiale n'ai validé  l'explication.

Ainsi, un devoir non fait pouvait être pardonné si le mot parental expliquait un retour tardif après une visite chez une vieille tante malade. L'instituteur (et oui, à cette époque, point de professeur des écoles !), pas dupe, ne pouvait que dire à l'élève de remettre sa copie le lendemain. Une absence de quelques jours passait parfaitement bien avec un certificat médical. Le mieux en la matière était le retour avec un bras dans le plâtre. Dans ce cas, non seulement l'absence était expliquée, pardonnée, mais en plus on se retrouvait chouchouté par toute la classe, et c'était à qui se précipitait pour porter cartable ou couper la viande à la cantine (pas de plateau repas en ces âges reculés).

Plus difficile : l'explication autonome, sans justificatif parental, parce que la faute était elle même inconnue de la famille : le retard pour cause de partie de bille ou de papotage prolongé, le séchage de cours, l'école buissonnière...

Dans ce cas, l'écolier ne devait son salut qu'à lui même, à son imagination et sa capacité de convaincre.

Un retard pouvait facilement s'expliquer en se salissant les mains et prétextant un déraillement de chaîne de vélo. Attention tout de même : si l'instit savait que l'on habitait à côté, il valait mieux prétendre avoir chuté dans la rue.

Plus hardi : mentir en se disant avoir été témoin d'un accident et avoir été obligé de porter secours.

Ces explication pouvaient être admises par l'instituteur bienveillant, pas dupe, mais récompensant par sa mansuétude la qualité de l'argumentation.

Autre cas plus difficile : l'absence de plusieurs jours. Le décès d'un membre de la famille était imparable. Le maître ne pouvait rien dire sauf  à passer pour un tyran auprès des autres élèves. Revenir en classe après deux ou trois jours de vacances et dire "ma mère est morte" des sanglots dans la voix, valait à l'enfant un pardon immédiat, une compassion sans égale de la part de ses camarades et de son instituteur peut être dubitatif, mais en France, le doute ne doit-il pas profiter à l'accusé.

Attention, cette excuse ne pouvait être utilisée qu'une seule fois. Il est en effet difficile de faire passer à quelques mois d'intervalle que "ma mère est morte". On peut toujours tenter d'expliquer que son père s'est remarié et que sa nouvelle femme est décédée, mais sauf pour le jeune Landru, jamais un éminent membre du corps enseignant ne laissera passer cette justification.

Alors quel lien avec Sarkozy ? Facile, ici, Sarko a choisi de prétendre un divorce. Si en effet le fait est incontestable, le jour de l'annonce de cette nouvelle fracassante (il suffit de voir le nombre de pages consacrées à cette information) est choisi avec soin : celui la grande grève du 18 octobre.

Ces deux évenements étaient connus (au moins du président) depuis longtemps. Il lui devenait donc facile de désamorcer l'information "grève" en forçant les médias à se focaliser sur son divorce.

Alors, pour le prochain conflit social difficile, pour le prochain revers important, pour la prochaine annonce de défavorable pour le président ou son gouvernement, quelle excuse l'élève président nous sortira-t-il ?

Je suggère au choix le rabibochage en public, mais il l'a déjà fait lors de la campagne, un vol de scooter filial, ce serait pas de chance...

Méfiance, ne nous laissons pas tromper par cette politique de désinformation.

La véritable information de cette journée du 18 octobre ne sont pas les déboires conjugaux de deux des soixante millions de français mais bel et bien le blocage des transports et l'unité syndicale .